C'est tout de même plus que des débours potentiels... Il s'agit également de rachats effectifs de créances douteuses.
Dans des structures de défaisance, l'État rachète, avec des espèces sonnantes et trébuchantes qui grèvent ses prévisions budgétaires et gonflent sa dette, une partie du capital d'établissements en péril.
Pour cela, il puise dans ses recettes ou recueille des fonds en émettant des titres (de dette).
L'ironie est que certains spéculateurs comptent sans doute parmi les clients qui se porteront acquéreurs de ces titres publics.
La partie "garantie" du dispositif (garantie publique donnée pour ne pas effrayer les déposants) reste importante, même si elle a une dimension potentielle.
Mais la potentialité est au coeur de l'économie bancaire. Même en temps normal, aucune banque n'aurait les moyens d'honorer TOUS ses engagements si TOUS les déposants retiraient leurs billes en même temps.
Les banques n'y sont d'ailleurs pas tenues, car un tel retrait massif
et simultané est de l'ordre de la catastrophe, de la panique : il s'apparente à une situation extrême qui ne s'est concrétisée qu'à de rares occasions qui ont fait date : l'Argentine en 2001 notamment.
D'habitude, les législations prudentielles n'exigent des banques qu'un pourcentage limité de fonds propres (
propres au sens de capitaux qui leur appartiennent en propre). Par définition, l'économie bancaire est une économie de crédit. Les différences entre les échéances des dépôts et des engagements (court, moyen et long terme), et entre les taux, fondent l'édifice.
Quand la contagion et la panique pointent leur nez, les États ont l'habitude de fermer les robinets en privant les déposants d'un libre accès à leurs comptes. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles dit-on : rationnement du crédit, blocus sur les virements, fermeture des guichets...
L'Islande, par exemple, vient de mettre en oeuvre une partie de ces mesures car elle craint la faillite de ses banques. L'Islande représente d'ailleurs un cas "intéressant", car les engagements internationaux de ses établissements vaudraient huit fois le PIB de ce minuscule pays.
BusinessWeek chiffre la valeur des engagements à 150 milliards de dollars US (The Stunning Collapse of Iceland, paru le 9 octobre).
Là-bas, l'État a dû prendre le contrôle des trois principales banques islandaises. Les prises de participation nécessaires ont été financées à même les fonds publics. Le troisième établissement du pays s'est aussi tourné vers les autorités suédoises et norvégiennes pour trouver les liquidités indispensables au fonctionnement de ses activités en Suède et en Norvège.
Ce n'est pas tant la situation objective de l'économie islandaise qui est en cause que le surendettement du secteur bancaire islandais. Les banques de ce petit pays ont développé un portefeuille étranger impressionnant qui ont attiré les dépôts d'épargnants européens (entreprises, villes et particuliers confondus). Ces sommes ont servi de mises de fonds dans des opérations qui ont impliqué des emprunts sur les marchés de gros. Lorsque, pressés par l'inquiétude, les acteurs de ces marchés ont exigé le remboursement anticipé d'une partie de leurs créances, les trois banques citées se sont retrouvées à court de liquidités, d'où les ventes d'actifs en cascade et le pressurage d'autres débiteurs : or, les ventes de feu sur un marché déjà circonspect ne permettent pas d'honorer l'intégralité de ses engagements.
Les banques d'affaires américaines, dont les difficultés et les faillites furent rapportées dans l'actualité en septembre, firent face au même schéma. Après des appels à des investisseurs publics ou privés arabes, hongkongais ou autres, elles ont vite été à court de munitions. C'est à l'État fédéral que certaines d'entre elles doivent désormais leur survie : prise de contrôle par les autorités fédérales ou prises de participation certes minoritaires mais salutaires dans les circonstances.
Le suisse UBS a fait appel à la générosité d'un fonds souverain de Dubaï. Un fonds souverain lybien vient d'injecter de l'argent dans des banques italiennes...
La garantie publique vise à stopper l'hémorragie, à calmer les esprits.
Mais tous savent pertinemment que la matérialisation d'une fuite massive des dépôts sonnerait le glas, y compris pour le garant étatique, qui n'aura pas lui-même les moyens de tenir ses promesses... Car pour le faire, il devrait à son tour s'endetter... mais qui s'aventurera à prêter

Faute de recevoir un appui conséquent de ses "alliés" européens, l'Islande s'est tournée vers la Russie, qui lui a proposé un prêt de 5,5 milliards de dollars. Les discussions ont commencé le 14 octobre. La somme, selon
BusinessWeek, ne servira qu'à soutenir le cours de la couronne islandaise sur les marchés de change : les fonds russes, si l'Islande les accepte, financeront les rachats des couronnes dont se défairont les étrangers au profit de monnaies-refuge. Affaire à suivre...
Il y a donc plus que des potentialités.